
15 oct. 2025
De salarié à gérant de food‑truck : faire une étude de marché avant de démissionner
Se reconvertir en quittant un CDI pour lancer un food‑truck fait rêver de plus en plus de salariés en quête de liberté, de concret et de contact client. Mais derrière l'image du camion convivial se cache un marché très concurrentiel, où seuls les projets les mieux préparés passent le cap des premières années. C'est précisément le rôle d'une étude de marché sérieuse : vérifier que ton food‑truck peut trouver sa place avant de poser ta démission.
Le marché du food‑truck : un potentiel réel, mais pas illimité
En France, la restauration ambulante n'est plus une mode passagère : c'est un segment solide de la restauration rapide. Les dernières analyses estiment que le secteur des food‑trucks génère un chiffre d'affaires global compris entre 240 et 280 millions d'euros, avec environ 600 à 700 food‑trucks en activité selon les sources. Certaines études, en élargissant la définition, évoquent jusqu'à 1 500 à 2 000 camions réellement actifs sur le territoire.
Le chiffre d'affaires moyen théorique d'un food‑truck est souvent cité autour de 370 000 € par an, mais les écarts sont énormes : certains camions dépassent largement ce montant, quand d'autres peinent à atteindre 80 000 à 100 000 €.
Le ticket moyen en restauration rapide tourne autour de 11,7 € et un menu complet en food‑truck (plat + boisson, voire dessert) se situe généralement entre 10 et 16 €. Ces chiffres montrent qu'il existe un vrai potentiel… à condition d'être bien positionné sur le bon secteur, la bonne zone et les bons créneaux horaires.
Pourquoi faire ton étude de marché avant de démissionner
Quand on est salarié en CDI, la tentation est grande de "tout lâcher" pour se lancer. Mais du point de vue des dispositifs de reconversion (démission‑reconversion, aides à la création, prêts bancaires), ce qui compte, c'est la solidité du projet. Le dispositif de démission pour création d'entreprise permet par exemple de quitter un CDI tout en conservant ses droits au chômage, à condition de faire valider un projet "réel et sérieux" par une commission régionale.
Dans ce contexte, une étude de marché structurée pour ton futur food‑truck coche plusieurs cases : elle montre que tu connais le marché, que tu as identifié ta clientèle, que tu as réfléchi aux emplacements et que tes chiffres de chiffre d'affaires ne sortent pas de nulle part. C'est aussi un outil de lucidité personnelle : tu vas découvrir si ton concept tient la route avant de renoncer à ton salaire, ou s'il doit être ajusté (ville, spécialité, prix, format, saisonnalité) pour devenir viable.
Les questions clés de l'étude de marché d'un food‑truck
Pour un food‑truck, l'étude de marché tourne autour de quelques axes majeurs : la demande locale, la concurrence, les emplacements et la capacité de dépense de ta cible. L'objectif est de transformer ton envie ("faire de bons burgers maison" ou "tacos gourmets") en un modèle économique crédible.
La première question concerne la demande : sur la zone où tu veux te lancer, combien de personnes sont réellement susceptibles d'acheter à un food‑truck ? Il faut regarder la population, la présence de salariés de bureaux, de zones d'activités, d'étudiants, mais aussi les flux lors des marchés, événements, festivals ou soirées.
La deuxième question touche à la concurrence : quels sont les autres food‑trucks déjà présents (type de cuisine, prix, fréquence), mais aussi les fast‑foods, boulangeries, sandwicheries et restaurants rapides qui se partagent la même clientèle.
Viennent ensuite les emplacements et les autorisations : selon les villes, le nombre de places autorisées pour la restauration ambulante est limité, les redevances varient, et l'accès à certains spots (devant une gare, une zone d'activité très fréquentée, un marché, un festival) passe par des appels à candidatures ou des règlements précis.
Enfin, la question du panier moyen et du volume d'activité doit être posée très tôt : combien de couverts peux‑tu raisonnablement espérer servir sur un service du midi ou du soir, et à quel prix moyen, selon le type de clientèle visée (salariés pressés, familles, noctambules, festivaliers) ?
Comment construire ton étude de marché quand tu es encore en poste
Beaucoup de futurs gérants de food‑truck construisent leur étude de marché en parallèle de leur emploi. L'objectif est d'avancer suffisamment pour que, le jour où tu poses ta démission ou engages un dossier de démission‑reconversion, ton projet soit déjà structuré et chiffré.
La première étape consiste à définir ton concept le plus précisément possible : type de cuisine (burgers, cuisine du monde, cuisine veggie, spécialité régionale), niveau de gamme, promesse (qualité, rapidité, originalité, prix), style de service. Plus ton concept est clair, plus tu pourras tester sa pertinence sur le terrain.
Ensuite, tu peux passer à la phase d'observation : repérer les emplacements stratégiques dans ta ville ou ta région, noter les horaires de passage, trouver les flux, relever les prix et la carte.
Parallèlement, tu peux réaliser de petites enquêtes auprès de ton futur public : par exemple, un questionnaire en ligne auprès de salariés de zones d'activité, d'étudiants ou d'habitants des quartiers ciblés, pour mesurer l'intérêt pour ton concept, le budget moyen pour un repas, la fréquence de consommation de street‑food, l'acceptation ou non d'un menu à 11, 13 ou 15 €.
Enfin, il est utile de prendre contact avec la mairie, la CCI ou les organisateurs de marchés et d'événements pour connaître les règles, les redevances, les délais, et vérifier la faisabilité d'une présence régulière sur certains emplacements.
De l'étude de marché au prévisionnel : vérifier que ton food‑truck peut vraiment te faire vivre
Une fois ces éléments collectés, l'étape suivante est de les traduire en chiffres. Pour un salarié qui envisage de démissionner, c'est probablement la partie la plus importante : ton food‑truck peut‑il raisonnablement remplacer (et à terme dépasser) ton salaire actuel ?
À partir des données de fréquentation et du panier moyen, tu peux établir plusieurs scénarios : prudent, médian et optimiste. Par exemple, sur un spot de zone d'activité, tu peux estimer combien de couverts tu peux servir en 2 heures de midi, et sur combien de jours par semaine tu pourras exploiter cet emplacement. Tu peux faire le même exercice pour les marchés, les événements ou les soirées. L'objectif est d'obtenir un volume de repas mensuel réaliste, puis de le multiplier par ton prix moyen pour obtenir un chiffre d'affaires prévisionnel cohérent.
Se faire accompagner pour présenter un dossier crédible
Un projet de food‑truck porté par un salarié en reconversion va quasiment toujours passer par plusieurs interlocuteurs : une banque, des organismes d'aides à la création (région, réseaux type Initiative ou France Active) et, le cas échéant, une commission de démission‑reconversion pour conserver les droits au chômage. Tous ces acteurs regardent la même chose : la cohérence de ton étude de marché, la solidité de ton prévisionnel, et ta capacité à anticiper les contraintes du métier.
